Retouches photos : le Graal des photographes ?

Recadrer, coloriser, surexposer, rendre nette ou rendre flou, modifier l’ambiance d’un détail ou d’un ciel, convertir en noir & blanc, filtrer, densifier, supprimer ou ajouter, les applications destinées à la retouche photos ont elles décidé de nous transformer en de véritables démiurges ?

Les apps stars, de véritables baguettes magiques

Qu’elles soient pour Android ou Apple, gratuites ou payantes, les applications dédiées à la retouche se sont démultipliées. Idéales pour booster notre communication, voire notre bobine, rapides comme l’éclair une fois que l’on sait bien les manier, elles ont de sacrés atouts et nous laissent même envisager que nous sommes devenus d’excellents photographes. Elles sont là pour optimiser nos photos, pro ou familiales, et, que l’on soit bardé de boîtiers numériques ou simples possesseurs de téléphone mobile, on a tous accès à ces logiciels faiseurs de miracles.

Facetune, Visage Lab pour les selfies, Snapseed, Lightroom, Photofox, iPiccy, Pixelmator Pro, Capture One pour les professionnels, PickMonkey, ON1, Mextures pour les plus pressés, Photoshop Express, PhotoFiltre, Darktable, Sumopaint, Pixlr, Photos pos pro pour ceux qui misent d’abord sur la gratuité, TouchRetouch, Airbrush pour gommer, supprimer, … Voilà pour les top du top !

On le voit, la palette d’applications destinées aux corrections en tout genre ne cesse de se déployer. L’intelligence artificielle s’est même invitée à la table pour offrir une valeur ajoutée de folie comme chez Skylum Luminar, DXO ou Avalanche, des outils exclusifs aux possibilités illimités qui facilitent notamment le débruitage des images, leurs conversions ou leurs transferts. Enorme sélection de fonctionnalités !!!

De l’exigence de l’argentique à la débauche du numérique ?

Il est bien loin le temps de la planche contact, où l’on se lamentait pour une surexposition ou une sous-exposition, celui du compte-fil dont le verdict était sans appel pour le manque de netteté ou la faiblesse d’un cadrage. Il fallait faire avec, et ce n’était que le nombre d’années de pratique qui offrait une certaine régularité technique. La retouche existait mais elle était faite main et facturée à l’heure, une solution hors de portée pour les amateurs….
On peut considérer que l’agrandisseur avec ses différents objectifs, filtres, calques et margeurs était l’ancêtre de ses applications qui éclaircissent, densifient, modifient, l’ambiance et la texture de l’image elle-même. Chacun avait sa manière bien à lui de développer une image. L’exercice de caches par le jeu de mains, en lien avec le temps de pose, relevait parfois du travail d’artiste. Exercice, avouons-le tout de même très limité.

Aujourd’hui, un abonnement et une exportation de fichier vous permet un travail de retouches spectaculaire avec un retour à l’original à tout instant. Gain de temps, d’argent et de papiers photos sans parler de la fin de l’utilisation de produits nocifs.

L’arrivée de ces outils numériques fait-elle pour autant oublier la dimension artisanaledu travail sur l’image ?

Trop de retouches tueraient-elles l’authenticité de la photographie ?

Rectifier l’iris rougeoyant, affiner les contours de son visage, accentuer la lumière orageuse d’un ciel, corriger les contrastes, harmoniser les couleurs, créer de la profondeur de champ, … l’accumulation du nombre de retouches pour tendre vers la perfection offre-t-elle un véritable bénéfice à la photographie ? En abusant de la retouche ne nous rapproche-t-on pas plutôt de la fake picture ? En voulant magnifier une réalité on retire peut-être son pouvoir de générer de l’émotion et à moins de la prendre comme un véritable parti-pris, la retouche à outrance peut aussi friser le mauvais goût.

Il existe des domaines où les applications photo pour la retouche sont indispensables. Prenons l’exemple de la photographie d’architecture où il est impératif de rectifier la perspective afin de rendre au bâtiment ses véritables proportions, tout comme retravailler le jeu de la lumière sur les façades, en intervenant notamment sur les sur-expositions ou les sous-expositions.

Dans cette transformation à paliers successifs, on remarque que l’authenticité peut tout de même être assez chahutée, le propos déformé et la sincérité de l’originale envolée pour de bon. La photographie ultra « botoxée » s’enlaidit, perd son âme et sa raison d’être, elle devient sans saveur, sans message à transmettre. Attention donc aux abus.

Ne jamais oublier que l’essentiel réside dans le fait de ne jamais changer la nature profonde de l’image.                                    

Aujourd’hui n’importe qui devient photographe ?

Sans la photographie, les réseaux sociaux n’auraient pas la popularité qu’ils bénéficient. Certains même ne sont que des plateformes dédiées à la photographie comme Instagram, Pinterest,Flickr, … parfaites pour se constituer une communauté en ligne et partager à toute heure une image. Aujourd’hui on s’exprime par et pour l’image.

Une nouvelle génération de photographes est née avec l’apparition des réseaux sociaux et smartphones et s’est véritablement prise au jeu de la réalisation d’images. Que ce soit des photos de vacances, des paysages, des repros d’œuvres exposées dans un musée, des portraits, des lieux plutôt surprenants, la photographie exprime bien plus qu’un texte pour évoquer notre activité du moment ou nos rencontres. Et lorsque la retouche photographique digitale est arrivée, amateurs éclairés, professionnels et débutants ont plongé dans l’univers de la retouche. On stylise l’image, on lui offre une tonalité plus vibrante, on la « texturise » pour la révéler au mieux sur nos réseaux. Tout comme la musique a vu l’apparition de jeunes artistes consacrés par le public grâce à leur publication en ligne, le travail artistique de certains photographes s’est vu célébré grâce à leur portfolio on line.

Facebook, Twitter, participent à la belle aventure de la reconnaissance. Comment ne pas évoquer les images de Charlotte Abramov qui a réalisé un travail poético-photographique sur la maladie de son père. Elle postait régulièrement ces images toujours mises en scène par ses soins avec un but :  accompagner dans la maladie le cheminement d’un être cher avec une tendresse infinie. Succès total et inattendu ponctué par l’édition d’un ouvrage : « Maurice, Tristesse et rigolade ».

Un outil de la démesure ou pour le sur-mesure ?

Le logiciel de retouche doit être au service de l’œil et non l’inverse. Ne pas se laisser embarquer par la sollicitation numérique. Distinguez les simples « améliorations » que vous souhaitez envisager sur votre travail photographique sans verser dans la mise en scène pure et simple comme le souligne André Gunthert (historien de la photographie).

Règles majeures : utiliser à bon escient ces logiciels, et surtout ceux qui vous correspondent. Un travail de sélection s’impose devant la multitude. Lorsque vous découvrez une application, allez regarder tout d’abord les tutos pour étudier ses atouts et ses défauts. Au besoin télécharger-la quelques jours pour la tester (beaucoup proposent un essai sur quelques jours avant de passer à l’acte d’achat). Prenez votre temps et regardez si elle ne fait pas doublon avec celles que vous possédez déjàdans votre catalogue personnel, la frugalité fait partie de la panoplie d’un photographe éco-responsable!

Votre sélection doit être toujours au service de votre univers photographique. Ces aides numériques ne doivent être là que pour accompagner votre vision ou votre création, en aucun cas la dénaturer.

Au service d’une signature ?

Entretien avec Michel REDON, directeur artistique de formation, qui pratique une photographie plasticienne réalisée exclusivement sur iPhone ou iPad. Il possède un portefeuille de plus d’une trentaine applications comme Snapseed, Focos, Light Express, Photoshop, Shift, Union-Combine, Fragment-Prismatic, Photoleap, Pixlr, Apollo, Gemini, Photoroom Studio,Photoshop fix, On1, Photo, Waterlogue, Camera Plus, Tintype,… des applications photo top niveau,….

En moyenne, combien d’applications utilisez-vous par photo ?

« Je peux utiliser jusqu’à 4 applications par photo. Je vais rechercher un outil spécifique dans une première application puis exporter ma photo et exploiter un autre dispositif existant dans une seconde app et ainsi de suite. Ce travail de post-production nécessite de connaître sur le bout des doigts chaque logiciel et les possibilités qu’il offre. Sans cette compréhension aiguisée, vous perdez le fil de votre travail. »

Comment choisissez-vous vos applications photo ?

« Il est impératif de passer de nombreuses heures, à tester, comprendre, utiliser tout le potentiel que propose chaque application pour se constituer au final sa propre palette d’applications photo qui viendra servir un propos visuel. En moyenne, je passe près d’une heure par jour pour me familiariser avec toutes les possibilités présentées. Certaines d’entre elles disposent souvent des mêmes fonctionnalités mais il m’arrive d’investir dans une autre, tout à fait similaire, car l’accès à l’outil spécifique qui m’intéresse sera plus performant pour mon travail. »

Quelles sont vos applications favorites ?

« J’utilise très régulièrement Snapseed, Photoshop, Carbon, Filmo ou On1, ce sont  pour moi les meilleurs logiciels de photos, c’est ma base de travail. Elles me permettent de mettre en valeur mes photos et vont dans le sens du propos que je mets en image. Il faut aussi distinguer les logiciels dédiés à la prise de vues et ceux utilisés en post-prod. Si je souhaite faire un cliché en N et B vintage, j’utilise Tintype ou si je veux travailler ma profondeur de champ, je me sers de Focos. »

Un budget ?

« De manière générale, les applications performantes qui apportent une véritable valeur ajoutée sont payantes. Les abonnements annuels varient généralement entre 20 et plus de 100 €. Mon budget personnel dédié à la photo s’élève à plus de 300 € par an. »

Peut-on parler de signature photographique ?

« Certains photographes ont véritablement un style très identifié.Pour ma part il m’est difficile de répondre à cette question, ce serait même prétentieux mais il est vrai qu’au fil du temps un esprit, un choix de sujets, de texture et d’harmonie de couleurs finissent par constituer votre identité graphique et visuelle. »

La photographie sans retouche la fin d’un mythe ?

« On ne prend pas une photographie, on la fait » soulignait Ansel Adams. Aujourd’hui il semble que manipuler la substance d’une photo fait partie des usages. Qui ne pose pas un filtre ou ne recadre pas sa photo avant de la poster sur un réseau social ? »

Ces nouveaux outils à portée de main font partie intégrante de l’ADN de la photo numérique. Il est vrai que l’on s’éloigne de ce qu’André Rouillé (historien de la photographie ) appelle le « régime de vérité de l’argentique ». Nous l’avons vu,  tout doit être question de dosage, d’éthique personnelle et de propos.

Votre point de vue sur la retouche photo

Et vous ?

Que vous inspire cette réflexion ? 

La retouche peut-elle nous embarquer vers un ailleurs que ne nous ressemble pas ? Ou tout au contraire peut-elle être un formidable outil sur-mesure au service de la création ?

Dans l’année passée, vous est-il encore arrivé de publier des photos sans les retoucher  ?


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Credits :

Photos by : Charlotte Abramow, Michel Redon, Jonathan Bertin, Fred Goyeau, Dan-Cristian Pădureț

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