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Poésie de la photographie culinaire avec la photographe Isabelle Smolinski

Qu’est-ce qui pousse un photographe à capturer le moment culinaire parfait ? Comment transformer l’acte primitif de manger en une expérience visuelle exquise ? Pour Isabelle Smolinksi, la photographie culinaire est une forme d’art complexe qui va au-delà de la simple documentation. Depuis son amour précoce pour la peinture de natures mortes jusqu’à sa profonde appréciation de la cuisine gastronomique, la photographe française a cultivé une perspective unique qui transforme la nourriture de tous les jours en une œuvre d’art étonnante. Cette passion, associée à un palais de gourmet, l’a conduite à consacrer sa carrière à la mise en valeur de la beauté brute et de la simplicité de la nourriture.

Isabelle Smolinski est convaincue que la photographie culinaire consiste à rendre beau quelque chose de primitif, à le considérer comme un cadeau inestimable et à en capturer l’essence de la manière la plus artistique possible. Outre son expertise culinaire, elle établit des parallèles entre l’art floral et la photographie culinaire, qui célèbrent tous deux les dons vibrants de la nature. Ses compositions de plantes comestibles ressemblent souvent aux natures mortes riches et détaillées des peintres flamands, mettant en valeur l’extraordinaire dans l’ordinaire.

À travers son objectif, Isabelle Smolinski donne également vie au monde dynamique des chefs et de leurs créations culinaires. Elle capture la transformation d’ingrédients simples en plats complexes, les mouvements artistiques des chefs et la beauté des chefs-d’œuvre finaux. Cette approche permet non seulement de mettre en valeur les plats, mais aussi d’honorer l’art et la créativité qui les sous-tendent. CYME explore l’approche artistique et les techniques de travail d’Isabelle Smolinski tout au long de cet entretien. Rejoignez-nous pour plonger dans son parcours, découvrir la passion, l’art et l’innovation qui définissent son travail dans le domaine de la photographie culinaire.

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Dépasser l’essence des aliments : la beauté culinaire explorée par Isabelle Smolinski

Vos photos culinaires montrent autant les belles assiettes composées, que les chefs en train de cuisiner, mettant la main à la pâte. Qu’est-ce que vous aimez dans cet artisanat culinaire ?

Observer les cuisiniers en train de créer, voir la transformation qu’ils sont capables d’opérer sur les éléments comestibles, c’est quelque chose que je trouve passionnant. À partir d’une grosse patate plutôt informe, toute terreuse, ils sont capables de la transformer en une mignonne petite pomme de terre mousseline toute légère avec une rondeur parfaite. L’interprétation que les cuisiniers font des éléments comestibles me fascine. La gestuelle, le mouvement technique autour de la nourriture, permettent de créer de véritables sculptures.  Le grand chef cuisinier Antonin Carême (1783-1833) avait prévu d’être architecte de métier, mais comme il n’a pas pu réaliser ce rêve-là, il est devenu cuisinier, et c’est lui qui a créé les gâteaux, les pièces montées. Il a mis au point des desserts qui sont de véritables architectures. C’est vraiment un régal pour les yeux de mettre en image ce type d’hommes.

La poésie de la photographie culinaire - 11

Vous aimez aussi l’art floral. A-t-il des points communs avec la photo culinaire ?

Pour moi, l’art floral se déguste avec les yeux tout comme la photographie culinaire. On prend déjà du plaisir à regarder ce qu’on a dans l’assiette. Voir un paysage, c’est apprécier les couleurs, les différentes textures. On retrouve cette similitude dans les végétaux dont on va se nourrir et ceux qui vont orner nos espaces de vie et nos jardins. Tous les deux sont des cadeaux de Mère nature, sortis de terre pour venir jusqu’à nous.

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Faut-il être gourmand pour prendre de bonnes photos culinaires ?

Être gourmand peut être un plus pour faire de bonnes photos culinaires, mais il n’y a pas que ça qui intervient. Il faut être sensible aux formes, trouver des lignes de force dans la composition même de la photographie, dans l’élément que l’on va mettre en image, trouver son meilleur profil. Imaginons un foie de veau, par exemple, ce n’est pas quelque chose de très charmant pourtant le rendre appétissant va être un challenge. Il va falloir trouver le bon angle, mettre la belle lumière qui va le rendre vivant et expressif. C’est un travail de ligne, de forme, l’harmonie des couleurs. Il n’y a pas que les papilles qui travaillent à la photographie, il y a tout le regard et la sensibilité.

“Il va falloir trouver le bon angle, mettre la belle lumière qui va le rendre vivant et expressif. C’est un travail de ligne, de forme, d’harmonie des couleurs.”

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Dans vos compositions végétales comestibles, vous mariez les deux et vous recomposez vos photos. Vos photographies rappellent les natures mortes de la peinture flamande. Quel a été votre cheminement pour arriver à ce mode de création?

Dans mes compositions végétales comestibles, les fleurs aux cotés des fruits et les légumes sont comestibles. Tout se mange dans ma photographie. L’idée était de prendre chacun de ces petits éléments qui sont tout à fait communs. Une fleur de calendula ou un petit pois sont très banals, mais si on s’attarde, si on prend le temps de les regarder et de lesapprécier à leur juste valeur, ils peuvent être vus comme de petits joyaux, quelque chose d’exceptionnel.

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Itinéraire d'une photographe : une passion devenue métier

Qu’est-ce qui vous a attiré dans la photographie culinaire ?

Déjà enfant j’aimais beaucoup la peinture. Je m’intéressais particulièrement à la peinture de nature morte qui représente des fleurs mais aussi des fruits et légumes, des aliments comestibles. Je pense que c’est mon premier pas vers la photographie culinaire. Le deuxième c’est que je suis foncièrement gourmande : je ne pouvais aller que dans ce sens-là. Pour moi, la photographie culinaire consiste à rendre beau quelque chose qui est de l’ordre du primaire. Manger, c’est un besoin primaire. Prendre le temps de voir cette chose essentielle dans toute sa beauté, la percevoir comme un cadeau inestimable, ressentir le beau dans ce qui est brut et simple.

“Pour moi, la photographie culinaire consiste à rendre beau quelque chose qui est de l’ordre du primaire.”

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Comment avez-vous rencontré de grands chefs étoilés comme Anne-Sophie Pic ?

J’ai eu l’occasion de rencontrer des grands chefs, soit pour des commandes de magazines (pour réaliser des reportages, des portraits), et aussi pour des projets personnels. J’ai réalisé un livre sur le pain d’épice qui est sorti cet automne où j’ai invité des chefs cuisiniers à créer des recettes, des interprétations libres du pain d’épices, des recettes où le pain d’épice intervient. Ils avaient carte blanche et voilà comment je suis rentrée en contact avec eux : pour les inviter à participer à cet ouvrage.

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Comment s’organise concrètement la collaboration avec les chefs pour des photos culinaires?

On discute du plat, on présente en amont la vaisselle avant que l’assiette soit montée, puis, je propose un lieu pour s’il y a besoin d’un fonds. On discute du décor si besoin. Tout ça est préparé avant que l’assiette soit montée : on choisit le lieu où l’assiette va être disposée pour créer tout l’univers autour. Pour les gros plans, je vais pouvoir guider le chef si besoin afin que les éléments ne soient pas trop éloignés, que soit mis en place le plus lisible à travers la photographie.

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Comment voyez-vous évoluer votre profession ?

Je ne suis pas très optimiste. J’ai commencé à travailler en 2005, et depuis, j’ai vu les prix des photographes baisser et le nombre de commandes diminuer. Maintenant, avec l’arrivée de l’IA, il est clair qu’il y aura moins de commandes pour les photographes. Parfois, les images peuvent être créées de bout en bout très rapidement avec des ordinateurs, sans avoir besoin de monter un studio photo ou de faire du stylisme ou des achats pour créer un décor ou un environnement, surtout dans la photographie culinaire ou de nature morte.

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La photographie culinaire : quel équipement? Quelle technique?

Quel équipement utilisez-vous ?

J’utilise un Nikon D810, j’ai dessus deux optiques, j’ai un 24/70, optique assez passe-partout avec lequel je fais des reportages, des portraits plein pieds ou plus serrés, et également des prises de vue assez rapprochées comme pour les prises de vue d’assiettes. Pour les vues d’assiette, je préfère utiliser mon 50 mm fixe. J’ai un système de lumières synchro flash qui permet de gérer des lumières. J’ai deux sources de lumières sur lesquelles je mets des boîtes qui diffusent une lumière douce, ou des bols avec nids d’abeille pour obtenir une lumière plus dirigée, plus franche, avec des ombres portées un peu plus dures. J’utilise aussi différents réflecteurs argentés ou blancs qui me permettent de faire tourner la lumière autour de mon sujet, de déboucher des zones un peu sombres, de modeler un peu plus la lumière comme je souhaite. Je travaille au trépied la plupart du temps pour les photographies culinaires mais pas toujours. J’ai même le souvenir d’une séance photo chez un restaurateur où je le photographiait en train de travailler dans sa cuisine. C’était au moment du passe-plat entre la cuisine et la salle, j’avais 30 secondes pour faire la photographie.

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En dehors de vos compositions florales, comment retouchez-vous vos photos ?

Pour mes retouches de photographie, je traite, je shoot en f, en fichier brut, natif que j’ouvre sur Photoshop directement. Ça m’ouvre une application pour développer les fichiers NEF [Nikon Raw Image file]. Je peux gérer déjà l’exposition, les contrastes, les tons clairs ou foncés, la température de couleur, les saturations. Je bouge très légèrement tout cela et après mon fichier NEF s’ouvre dans Photoshop. Là, je vais forcément créer des courbes de réglages pour gérer les contrastes, assouplir un peu l’image et les zones bouchés, remettre de la matière à certains endroits si les hautes lumières ont un peu trop enlevé les détails d’une image, retravailler parfois la température de couleur. Certains éléments en particulier, comme les verts dans un bouquet de fleurs, peuvent parfois s’éteindre un petit peu, donc je vais réhausser les verts pour redonner de la fraîcheur à un ensemble floral. J’enregistre mon fichier en PSD car je vais travailler avec différents calques pour pouvoir revenir dessus et même utiliser les modes de fusion qui permettent un plus grand détail, une plus grande finesse sur les retouches.

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Après un shooting, quelle est votre routine de travail dans la sauvegarde et le classement de vos photos ?

Après un shooting photo, je vais faire l’editing (le choix des images) avec une première sélection que j’affine souvent avec une deuxième, pour vraiment choisir les photographies les plus expressives, les plus caractéristiques, les plus esthétiques, les plus parlantes. Ensuite je retouche dans Photoshop et j’ajoute des mots clés via Bridge. C’est le logiciel avec lequel je range mes dossiers et mes photos par un système de mots clés. Tous mes travaux sont classés dans un dossier selon les dates, les thématiques.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune photographe qui se lance ?

Si j’avais un conseil à donner à un jeune photographe qui se lance, ce serait de ne pas avoir que  la photographie comme activité professionnelle pour pouvoir être à l’aise et faire ses images. Avoir ses projets, que ce soit des projets persos ou des travaux de commande. Avoir un filet de sécurité à côté, le temps de s’installer dans le métier. Avoir suffisamment de monde autour de soi pour monter des projets. Avoir suffisamment de clients pour que les rentrées d’argent soient suffisantes. L’Union des photographes professionnels (UPP) a monté des questionnaires pour savoir comment les photographes s’y retrouvent aujourd’hui niveau argent. Il y a des sondages passés récemment qui peuvent vous donner une idée de ce à quoi ressemble le marché du travail dans la photographie aujourd’hui.

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Crédit photo : © Isabelle Smolinski

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